En France, la réutilisation des eaux usées traitées (REUT) demeure très marginale, représentant moins de 1 % du volume total des eaux traitées, selon une estimation du Cerema dans son document « Réutilisation des Eaux Usées Traitées – Le panorama français » publiée en 2020. À l’échelle internationale, certains pays ont développé cette pratique de manière bien plus significative : Israël atteint un taux de réutilisation de 86 %, l’Espagne 14 % et l’Italie environ 8 %.
La REUT : principes, usages et cadre réglementaire
Dans un contexte de changement climatique et de rareté croissante de la ressource en eau, la REUT apparaît comme une solution pour améliorer la gestion quantitative de l’eau et renforcer la résilience hydrique de nos territoires. C’est dans cette logique de valorisation de la ressource qu’a été lancé, en 2023, le « Plan Eau », avec pour ambition de multiplier par dix le volume d’eaux usées traitées réutilisées d’ici à 2030.
Aujourd’hui, les eaux usées traitées sont principalement utilisées pour l’irrigation, notamment dans le secteur agricole (cultures, pâturages), ainsi que pour l’entretien des espaces verts publics tels que les golfs, parcs ou hippodromes.
C’est majoritairement la REUT directe qui est mise en œuvre en France : l’eau traitée est immédiatement réutilisée pour un usage spécifique. En revanche, la REUT indirecte, qui consiste à restituer l’eau au milieu naturel (nappe phréatique, rivière, zone humide…) avant un prélèvement ultérieur, est peu déployer.
En France, la réutilisation des eaux usées traitées est strictement encadrée par la loi. Chaque projet doit faire l’objet d’une autorisation préfectorale, et les eaux réutilisées sont classées selon leur qualité, de A (la plus élevée) à D.
Cette classification définit les usages autorisés :
• Classe A : convient à l’irrigation de cultures consommées crues ou à l’arrosage d’espaces publics accessibles.
• Classes B, C et D : réservées à des usages plus restreints, éloignés des zones fréquentées (cultures alimentaires de produits transformés avant consommation, fourrages, forêts, etc.).
Un exemple de REUT : le cas de l’arrosage du Golf international de la Grande Motte
Un exemple concret de réutilisation des eaux usées traitées est celui du Golf international de La Grande Motte, dans l’Hérault. Ce projet permet de remplacer les prélèvements d’eau potable par de l’eau traitée pour l’arrosage des parcours, tout en réduisant les rejets de polluants (notamment l’azote et le phosphore) dans le canal du Rhône à Sète, grâce à une diminution des rejets de la station d’épuration dans le canal. Pour mettre en œuvre cette REUT, plusieurs infrastructures spécifiques ont été réalisées : un bassin de stockage pour l’eau traitée, une unité de désinfection complémentaire, ainsi que de nouvelles canalisations pour l’acheminement de l’eau vers les zones d’utilisation. Des dispositifs de suivi ont également été mis en place afin de contrôler les impacts potentiels sur l’environnement et la qualité sanitaire de l’eau. Ils portent notamment sur la composition en métaux des sols du golf, l’efficacité des traitements de désinfection, et la qualité de l’eau via le suivi des particules solides en suspension (MES), de la matière organique polluante (DCO) et de la concentration de certaines bactéries.

Réutilisation des eaux usées traitées pour l'irrigation des golfs
Cet exemple illustre bien les défis que soulève la réutilisation des eaux usées, tant sur le plan technique qu’économique. Pour garantir une qualité d’eau conforme aux usages publics (catégorie A), il est souvent nécessaire de mettre en place des traitements complémentaires, afin d’atteindre des concentrations très faibles en bactéries et en polluants. Cela peut impliquer l’installation d’unités de désinfection supplémentaires et exige un suivi sanitaire permanent. De plus, des infrastructures spécifiques, telles que des bassins de stockage ou des réseaux de distribution dédiés, doivent souvent être créées lorsque les équipements existants ne sont pas adaptés.
Par ailleurs, dans les zones littorales, une autre contrainte importante peut survenir : une salinité trop élevée des eaux usées traitées, qui peut nuire à certains végétaux sensibles comme les gazons. C’est le cas au Golf de La Grande Motte, où des opérations de dilution sont nécessaires pour abaisser la salinité de l’eau. Dans d'autres contextes, des solutions comme le dessalement peuvent être envisagées, mais elles engendrent des coûts supplémentaires importants.
Ces contraintes, à la fois techniques et économiques, expliquent en partie pourquoi la réutilisation des eaux usées traitées (REUT) reste encore peu développée en France.
